Et si on s’intéressait de plus près à la mélatonine ?

Chère amie, cher ami,

En pharmacie, la mélatonine est devenue le complément alimentaire phare pour traiter les troubles du sommeil en vous évitant d’avoir recours à des médicaments sédatifs ou hypnotiques. En vente libre, des marques diverses la proposent, parfois en association avec différentes plantes, à un dosage compris entre 0,9 et 1,9 milligramme. Au-delà, elle doit être vendue sur prescription médicale, bien qu’il s’agisse d’une hormone naturelle sécrétée par le corps humain.

L’hormone de la nuit

La mélatonine a pour fonction de synchroniser notre horloge biologique interne[1], ce n’est pas un somnifère !

C’est l’hormone de la nuit, celle qui indique à notre cerveau de passer en mode « sommeil ». Chez certaines personnes, ce précieux régulateur de notre horloge biologique n’est pas sécrété en quantité suffisante ou n’intervient pas au bon moment. Cela peut être dû à la prise de certains médicaments, mais cela touche pratiquement tout le monde avec l’âge. Le Dr Patrick Lemoine[2], psychiatre et docteur en neurosciences spécialisé dans les troubles du sommeil, explique : « À l’approche de la cinquantaine, la glande pinéale qui fabrique la mélatonine commence à se calcifier, entraînant une diminution des sécrétions. Cela peut expliquer pourquoi de nombreux seniors ont du mal à s’endormir, ou connaissent des réveils nocturnes ».

Une supplémentation en mélatonine peut donc vous aider.

Par expérience personnelle, je me suis rendu compte que les effets de la mélatonine étaient très différents selon les individus. Cela n’a rien d’étonnant quand on comprend que la mélatonine n’est pas un somnifère mais un « correcteur de retard de phase ». Qu’est-ce que cela veut dire ?

En fait, certaines personnes, à cause d’une caractéristique génétique, mettent naturellement beaucoup de temps à s’endormir, et cela s’aggrave avec l’âge. C’est dans ce cadre-là que la mélatonine, prise entre une demi-heure et une heure avant le coucher, peut accélérer la phase d’endormissement.

Chez ces mêmes personnes, l’action de la mélatonine le soir peut être renforcée par une exposition, dans la matinée, à la lumière du soleil ou à une lampe de luminothérapie. La luminothérapie est également efficace pour traiter les dépressions saisonnières, celles qui surviennent au moment où les jours raccourcissent en automne.

Mélatonine et décalage horaire (« jet lag »)

Les personnes qui voyagent souvent et longtemps par avion connaissent très bien cet épuisement qui fait suite au décalage horaire que l’on appelle le « jet lag ». C’est une véritable désynchronisation de leur horloge biologique. La mélatonine peut les aider considérablement à retrouver rapidement un rythme normal de sommeil.

Selon des chercheurs belges spécialisés dans la santé des voyageurs[3], si vous envisagez de prendre de la mélatonine en voyage, il est important de bien déterminer la durée et la dose pour soutenir l’adaptation de votre horloge biologique dans la bonne direction. Ces spécialistes donnent les recommandations suivantes :
• Après un voyage de moins de 8 heures vers l’ouest, une prise de mélatonine (0,5 mg) est préférable en cas de réveil très prématuré (avant 5 h du matin). Une prise le soir peut avoir un effet négatif sur l’adaptation de l’horloge biologique.
• Après un voyage de moins de 8 heures vers l’est, une prise de 5 mg de mélatonine durant quelques jours le soir est envisageable, avant d’aller dormir.
• Pour un voyage plus long, la mélatonine peut être prise 2 ou 3 jours avant le vol, au moment d’aller dormir.

L’aide de la mélatonine pour les troubles bipolaires

Les troubles bipolaires sont marqués par des perturbations importantes des rythmes circadiens et du sommeil : réveils nocturnes, réveils précoces et/ou difficultés à s’endormir. À l’inverse, certains patients bipolaires se plaignent de somnolence et de trop dormir, on parle alors d’« hypersomnie ». Dans les deux situations, le sommeil n’est pas réparateur, ce qui a un retentissement socio-professionnel.

Ces anomalies du sommeil et des rythmes circadiens sont des marqueurs prédictifs de rechute dans le cadre du traitement des troubles bipolaires. Il est donc primordial de correctement dépister et caractériser ces perturbations du sommeil et des rythmes circadiens, ainsi que de proposer des supplémentations appropriées en mélatonine.

Apnée du sommeil et troubles bipolaires

C’est une notion peu connue et pourtant capitale : le syndrome d’apnée obstructive du sommeil (SAOS) se manifeste par des apnées ou sensations d’étouffement au cours du sommeil. Une étude française a récemment observé qu’environ 25 % des patients avec trouble bipolaire en rémission sont à haut risque de SAOS[4]. La recherche de ce syndrome devrait donc être systématique chez les patients avec trouble bipolaire.

Il existe également un impact démontré de ces anomalies du sommeil et des rythmes circadiens sur le trouble bipolaire, celles-ci favorisant les rechutes dépressives ou maniaques. 

La supplémentation en mélatonine pourrait aussi avoir des effets positifs chez les schizophrènes[5].

La mélatonine, un antioxydant en relation avec la prévention du vieillissement ?

Selon moi, il s’agit de l’un des intérêts majeurs de cette molécule. L’effet antioxydant de la mélatonine pourrait expliquer son effet positif sur la durée de vie, du moins dans une certaine mesure.

Une étude réalisée par des chercheurs de l’Institut de biotechnologie de l’université de Grenade[6] a montré que la consommation de mélatonine neutralise les dommages oxydatifs et retarde le processus neurodégénératif lié au vieillissement. Les chercheurs ont administré de petites quantités de mélatonine à des souris et ont observé que cette substance neutralisait non seulement le stress oxydatif et le processus inflammatoire en relation avec le vieillissement, mais qu’elle retardait également ses effets, augmentant ainsi la longévité. Bien entendu, ces expérimentations animales devront être confirmées chez l’humain.

La fonction immunitaire profite également de cet effet antioxydant majeur, puisque la mélatonine réduit l’inflammation générale, en particulier cérébrale. En plus de son action régulatrice sur le sommeil, la prise de mélatonine dans le cadre de la prévention des effets négatifs du vieillissement semble donc être intéressante.

Mélatonine et régulation du poids

La mélatonine joue un rôle sur le poids en influençant l’action de plusieurs hormones métaboliques comme l’insuline, la ghréline et la leptine. Ces hormones sont celles qui régulent l’appétit, la satiété, l’absorption de calories et le stockage des graisses.

La mélatonine modulerait également la température du corps et augmenterait la dépense énergétique. Les chercheurs pensent que cela est dû à l’activation de la graisse brune[7]. Une petite étude menée sur des rats a montré que la prise de mélatonine pouvait convertir la graisse blanche en graisse beige, et donc la destiner à la combustion et non au stockage. Mincir en dormant, n’est-ce pas notre rêve à tous ?

S’il est encore trop tôt pour espérer utiliser la mélatonine pour perdre du poids, on observe cependant qu’un mauvais sommeil ou des rythmes circadiens perturbés favorisent la prise de poids.

Un antalgique méconnu ?

Les femmes qui souffrent d’un syndrome prémenstruel ou SPM (gonflement et douleurs des seins, nervosité et douleurs pelviennes, etc.) devraient prendre de la mélatonine, le SPM étant corrélé à un faible niveau de mélatonine chez ces femmes. Ses effets sur la migraine sont encore plus spectaculaires, celle-ci étant également liée à un faible taux de mélatonine.

Mélatonine et cancer du sein

Une étude[8] a montré que le maintien d’une obscurité totale durant le sommeil permettait au tamoxifène (un traitement antihormonal très souvent préconisé après chirurgie et/ou chimio-radiothérapie dans les cancers du sein hormonodépendants ) d’agir de façon plus efficace sur les cellules cancéreuses.

J’ai d’ailleurs le souvenir que, dans les années 1980, mon mentor, le professeur Lucien Israël, prescrivait des doses de mélatonine de plusieurs dizaines de milligrammes à ses patientes souffrant de cancer du sein.

D’autres travaux[9] suggèrent que la mélatonine pourrait contribuer à diminuer la douleur dans les maladies chroniques et limiter la propagation des métastases de certains cancers.

Mélatonine et Covid-19[10]

Deux études publiées en 2020 proposent la mélatonine comme médicament potentiel dans la prévention et le traitement de la Covid-19. Ces études sont préliminaires et devront être confirmées par des essais cliniques (en cours) comparant l’effet de la mélatonine à un placebo.

Dans la première étude, publiée en octobre 2020 sur le site de prépublication medRxiv et à paraître dans le British Medical Journal[11], la mélatonine est associée à un meilleur taux de survie chez des patients atteints de la Covid-19 et intubés.

La deuxième étude, publiée en novembre 2020 dans la revue PLOS Biology[12], est une analyse regroupant beaucoup de données, qui identifie des médicaments existants pouvant être efficace dans la prévention et le traitement de la Covid-19.

Comment stimuler naturellement votre production de mélatonine ?

Pour stimuler votre production naturelle de mélatonine, pratiquez un exercice physique régulier. Évitez les sources lumineuses le soir et la nuit pendant que vous dormez, et exposez-vous à la lumière naturelle du soleil le plus possible dans la journée. Vous pouvez également consommer des aliments qui contiennent de la mélatonine, comme des noix, des tomates et des cerises.

Y a-t-il des risques à prendre de la mélatonine en supplément ?

La prise de mélatonine en cas de maladie grave (cancer, épilepsie, maladie d’Alzheimer, etc.) ne peut être conseillée sans avis médical.

De plus, certaines personnes qui prennent de la mélatonine présentent des somnolences, des pertes de vigilance ou d’équilibre, ce qui amène à déconseiller la conduite automobile ou le travail sur machine pendant les 4 à 5 heures suivant la prise. La plupart des gens n’ont pas de somnolence au réveil, mais certains peuvent avoir des nausées, des vertiges et des maux de tête, ce qui doit les conduire à suspendre leur supplémentation.

Effets secondaires et contre-indications

La mélatonine pourrait moduler l’action de certains antidépresseurs., il est donc conseillé d’en parler à votre psychiatre avant d’en consommer.

Deux essais sur des sujets en bonne santé indiquent également que la mélatonine peut interférer avec certains médicaments, en particulier les anticoagulants [13]. On ne connaît pas bien l’impact clinique de cet effet mais la prudence est de mise pour les personnes suivant ce traitement.

À savoir aussi : la prise de bêtabloquants, ces médicaments préconisés pour traiter l’hypertension artérielle, diminue la sécrétion de mélatonine. Pour cette raison, je recommande de prendre de la mélatonine plutôt le matin que le soir.

Les différentes formes de mélatonine

La mélatonine que l’on trouve en pharmacie est uniquement de synthèse.

En dessous de 2 milligrammes par comprimé ou gélule, la mélatonine a un statut de complément alimentaire et peut donc être vendue sans ordonnance, en association ou non avec des plantes. Il existe de nombreux complexes de mélatonine à différents dosages, je vous conseille donc de les tester afin de trouver celui qui vous convient le mieux.

Au-dessus de ce dosage de 2 milligrammes, elle a statut de médicament et nécessite une prescription médicale.

Il existe des formes de mélatonine à libération immédiate, plutôt conseillées pour les personnes ayant des retards de phase d’endormissement. Ce sont des petits comprimés à placer sous la langue environ 30 minutes avant le coucher et après avoir éteint toutes les lumières de la chambre.

Il existe aussi des formes dites « à libération prolongée », adaptées aux personnes qui ont tendance à avoir des réveils nocturnes. Elles sont à prendre une heure avant le coucher.

En conclusion

Théoriquement sans danger et sans grandes contre-indications, la prise de mélatonine peut aider certains insomniaques à améliorer leur sommeil et à se sevrer de médicaments de type benzodiazépines[14]. Il est cependant conseillé de prévenir systématiquement votre médecin si vous en consommez.

À bientôt,

Dr Dominique Rueff


[1] L’horloge interne, ou horloge biologique, représente l’ensemble des mécanismes biochimiques et physiologiques qui permettent une activité rythmique de l’organisme. (Futura Sciences)

[2] Dr Patrick Lemoine « Dormir sans somnifères : les conseils de Patrick Lemoine, psychiatre », Medscape, 17 mars 2017, disponible sur : https://francais.medscape.com/voirarticle/3603026

[3] Décalage horaire : la mélatonine, efficace contre le jetlag ? » www.passionsante.be, juin 2017, disponible sur : https://www.passionsante.be/index.cfm?fuseaction=art&art_id=24107

[4] Kelly Guichard, « Syndrome d’apnées obstructives du sommeil et troubles de l’humeur, liens bidirectionnels ». Médecine humaine et pathologie. 2017. ffdumas-01655066

[5] Suresh Kumar PN, Andrade C, Bhakta SG, Singh NM. « Melatonin in schizophrenic outpatients with insomnia: a double-blind, placebo-controlled study ». J Clin Psychiatry. 2007 Feb;68(2):237-41. doi: 10.4088/jcp.v68n0208.

[6] Rodriguez, M. I., Escames, G., López, L. C. et al. « Chronic melatonin treatment reduces the age‐dependent inflammatory process in senescence‐accelerated mice ». Journal of Pineal Research, 22 January 2007 https://doi.org/10.1111/j.1600-079X.2006.00416.x

[7] Il existe plusieurs types de tissus adipeux. Votre corps stocke de la graisse blanche, mais utilise aussi de la graisse brune qui brûle plus facilement en donnant de l’énergie.

[8] « Total darkness at night is key to success of breast cancer therapy – Tulane stud », Tulane University, 25 jul 2014, disponible sur : https://www.eurekalert.org/pub_releases/2014-07/tu-tda072214.php

[9] Reiter R. J., Rosales-Corral S. A., et al. « Melatonin, a Full Service Anti-Cancer Agent: Inhibition of Initiation, Progression and Metastasis », Int J Mol Sci, 2017 Apr; 18(4): 843. doi: 10.3390/ijms18040843 

[10]  « La piste de la mélatonine pour le traitement de la COVID-19 : études », Psychomédia, 11 novembre 2020

[11] Ramlall V., Zucker J., & Tatonetti N. «Melatonin is significantly associated with survival of intubated COVID-19 patients ». medRxiv. DOI: https://doi.org/10.1101/2020.10.15.20213546

[12] Zhou Y., Hou Y., Shen J. et al. « A network medicine approach to investigation and population-based validation of disease manifestations and drug repurposing for COVID-19 ». Plos Biology, 6 novembre 2020. https://doi.org/10.1371/journal.pbio.3000970

[13] « Mélatonine et interactions médicamenteuses », pharmacovigilance d’Île-de-France ,15 mai 2018, disponible sur :  https://www.pharmacovigilance-iledefrance.fr/d%C3%A9tails-dune-br%C3%A8ve/281

[14] Dumur, J., Csajka, C., Pavec, O. et al. « Quelle alternative aux benzodiazépines, Z-pills et autres hypnotiques pour les personnes âgées ?: Mélatonine, valériane ou clométhiazole ». Rev Med Suisse 626(14) : 2018-2023.




N'hésitez pas à commenter la lettre de ce jour ci-dessous. Veuillez cependant noter que, en raison du très grand nombre de commentaires, le Dr Rueff ne pourra pas vous répondre individuellement.


6 réponses à “Et si on s’intéressait de plus près à la mélatonine ?”

  1. Chris dit :

    Bonjour
    D’après certains naturopates, et articles il est dit de ne pas prendre de mélatonine longtemps car le corps fini par ne plus en fabriquer de lui même. C’est plutôt réserver de courte durée. La cohérence cardiaque, un repas plus léger et pas trop tard, pas d’écrans le soir devraient suffire à rétablir un équilibre.
    Où est la vérité. …..

  2. Sylvie Cheniot dit :

    Bonsoir, est-il vrai que la prise de melatonine sur le long terme fait que le corps n’en produit plus et donc serait à déconseiller?
    Merci pour vos conseils

  3. Jean-François dit :

    D’après le Pr Fourtillan, la MELATONINE n’est pas l’hormone de la nuit qui est la VALENTONINE (découverte par lui-même). La mélatonine est l’hormone neuroprotectrice des neurones contre le stress oxydatif des RL. L’hormone du jour et de la vigilance est le 6-métoxy-harmalan. Ces 3 hormones sont synthétisées par l’épiphyse pendant la nuit.

  4. Dr Joël Gord dit :

    Merci pour votre article.
    Par une consoeur qui en a la pratique, j’ai eu l’information que les dosages usuels de mélatonine en vente libre seraient inappropriés et/ou inefficaces dans la plupart des cas d’insomnie chronique (par ex chez les travailleurs « postés » à la retraite) et qu’il ne faudrait pas hésiter à monter jusqu’à 12mg/j. Avez-vous des notions à ce sujet de posologie?
    Merci de votre réponse.

    • Dr Rueff dit :

      effectivement i faut parfois plusieurs milligrammes; En France il faut une prescription médicale ; Mais vous pouvez commander de tels produits aux US notamment sur le site IHerb

    • Dr Rueff dit :

      Effectivement beaucoup de gens ne sont améliorés qu’après la prise plusieurs grammes de mélatonine une demi heure avant le coucher. En général 3 à 10. En France cela nécessite une prescription médicale, mais vous pouvez ce type de dosages sur des sites US, notamment IHerb
      Cordialement

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